MIUT / La course

Un MIUT ça se mérite…… !

Après avoir fait mon premier Ultra il y a maintenant deux ans, me voici sur l’Ile de Madère pour affronter ce qui sera surement l’épreuve la plus exigeante de ma courte expérience.

Courte expérience car même si les courses se sont enchaînées depuis 2 ans sans trop de problèmes, la nature te rappelle à l’ordre dès le premier excès d’optimisme……

Vendredi 21h30 les choses s’accélèrent. En compagnie de mes fidèles amis, Manu, Thierry et Christian, rendez-vous à Machico pour prendre la navette et traverser l’île en direction de Porto Moniz ou sera donné le départ du MIUT (Madère Island Ultra Trail) manche du Championnat du Monde d’Ultra Trail à minuit précise.

Dans l’ordre, Thierry, Christian, Manu et moi

Le MIUT c’est 115 kilomètres et 7100 mètres de dénivelé positif. Pour faire simple, c’est une Diagonale des Fous en compressé……. Et quand on compresse, les pentes s’accentues… !

Il suffira de quelques secondes en sortant du bus (qui a faillit prendre feu) à Porto Moniz pour prendre conscience de ce qui va nous attendre. En face l’océan, dans notre dos un dénivelé vertigineux dès les premiers mètres, l’impression que les maisons sont empilées les unes sur les autres.

En attendant notre heure, nous prenons un café tous ensemble.

Juste le temps de se rendre compte que c’était la meilleure idée pour partir en queue de peloton…… ! Englué dans la masse, je propose à Manu de me suivre afin de rejoindre un placement plus judicieux et éviter les premiers bouchons. Sans complexe et la fleur au fusil, nous tentons le sasse des élites, mais la technologie a fait son job et c’est retour quelques mètres plus loin que nous pourrons réintégrer la foule.

Dernier coup de stress, la lumière arrière obligatoire ne fonctionne pas (mais avec des piles oui) …

TOP Départ, Manu et moi avions prévus de faire la course ensemble, mais ça n’aura duré que quelques centaines de mètres. Pris dans l’élan général, je me laisse emporté sur un rythme soutenu qui me convenait parfaitement. La montre enchaîne curieusement les vibrations par centaines de mètre de dénivelé positif, preuve que nous ne sommes pas sur un format habituel.

Le timing est bon, je suis même en avance sur mes temps de passages prévus (calculés sur 23h de course soit 5km/h de moyenne), mais je fais face à une sensation inhabituelle avec des nausées et l’impossibilité de m’alimenter aussi facilement que d’habitude sur ce genre de course. Surrégime ? Excès d’apéros ? Rythme alimentaire perturbé durant la semaine par plusieurs repas sautés ? Fatigue général ?

20 kilomètres sont passés et je suis déjà anormalement sec. Même si je suis totalement contre, j’ai adopté les battons afin de m’entraîner pour l’UTMB, mais impossible de m’en servir correctement, plus de force dans les bras….

D’un coup, la course vient de prendre une autre tournure, celle d’une course qu’il va falloir aller chercher au plus profond de soi.

L’arrivée parait bien loin, les kilomètres défilent difficilement et j’adopte une stratégie « à l’économie ». Si les sensations sont mauvaises pour l’instant, je ne m’affole pas pour autant. Je monte péniblement, je descends tout aussi péniblement alors que c’est pourtant bien dans ce domaine ou je prends plaisir, mais les pieds deviennent douloureux et les appuis difficiles.

La mi-course est atteinte, Antoine Guillon qui est parti à 7h00 du matin sur le 85km me dépasse, m’encourage et prends même le temps d’échanger quelques mots. Cette situation paraît anodine, mais c’est pourtant bien à ce moment que ma course bascule et que je prends conscience que la course est encore longue et que même les champions adoptent des rythmes raisonnables et stratégiques.

Antoine Guillon

J’attends mon heure, je me contente de marcher, je me fais dépasser en me disant « à plus tard », je fais mon traileur « modèle » à me garer dès que je sens la présence d’athlètes derrière moi pour ne pas les gêner et espérer un petit « merci » qui arrivera malheureusement que très rarement….

Nous attaquons maintenant les montées vers Pico Ruivo et Pico Do Areeiro. Des paysages gigantesques et somptueux qui me feraient presque oublié le reste. D’ailleurs en parlant d’oublier, mes bâtons seront restés là-haut…. Tant pis je continuerais sans !

Malgré tout, je reste dans mon timing. Même si au fond de moi j’espérais passer sous les 20h00 de course, j’étais déjà content de pouvoir maintenir une allure régulière et ne pas m’effondrer alors que je me nourrissais juste d’oranges.

CP9, la dernière difficulté arrive en direction du CP10 à Poiso. Cette montée que j’avais jugé moins hard sur le graphique du dossard était pourtant tout l’inverse (pour ne pas dire à la renverse…). Un vrai mur par un sentier étroit. Pourtant à peine 500m de D+ mais interminable.

Je savais que passé cette dernière étape il ne resterait plus « que » 25 kilomètres de descente. En temps normal, le genre de situation qui me réjouis et qui me permet de faire la « différence », mais comment imaginer relancer la mécanique après autant de kilomètres à traîner les jambes…

Les connections ne se font plus, les ordres ne passent plus, il n’y a plus que cette certaine « inertie » qui me permet d’évoluer. En compagnie d’un autre traileur Français, nous essayons de nous motiver à coup de ne m’attends pas, prends ton rythme, mais nous restons enracinés. Puis d’un coup il hausse le rythme, je le laisse partir et je comprends que je vais me retrouver seul. Je tente ma chance à mon tour, avec un style à mi-chemin entre de la course à pieds et de la marche rapide, mais rien à faire. Je trébuche et m’étale une première fois, il n’en fallait pas plus pour réveiller ma colère le « bulldozer » qui sommeille en moi (petite pensée pour Gilles).

Je reviens sur lui, je le dépasse et m’excuse presque de le doubler. La machine s’emballe, le sourire revient, la vitesse aussi. Je commence à rattraper du monde à doubler, j’ai des ailes…. et BIMMMMM, je trébuche à nouveau copieusement en soulevant un gros nuage de poussière, je suis repeint, j’en rigole presque, c’est bon signe et je continue sur ma lancée……

Les kilomètres défilent, les escaliers et rondins que je haïssais encore quelques kilomètres plus tôt deviennent mes amis, les coups de culs je les avales. Je rejoins deux traileurs du 85km, je les dépasse et comme par magie, nous nous tirons une bourre mémorable sur plusieurs kilomètres. Ce n’était certainement pas la meilleure idée que j’ai eue, mais c’était super fun !

Ma montre indique 107km, il reste normalement 8km le long de la falaise en bord d’Océan, le décor est superbe mais le moteur commence à caler, les pieds meurtris, je n’avance plus et je doute sur la distance restante car nous nous trouvons encore de l’autre côté de la falaise sans vraiment voir d’issue pour basculer.

Une féminine me rattrape, je tente de la suivre pour ne pas perdre pieds, j’espère découvrir un tunnel mais toujours rien. C’est finalement 2km plus loin que nous allons basculer sur le versant de Machico en vue de l’arrivée.

Les kilomètres défilent mais toujours pas d’arrivée en vue. Une personne de l’organisation nous annonces encore 3 kilometros…..le long d’une levada ou il valait mieux ne pas trébucher. 3 kilomètres interminables mais nous y sommes, l’arrivée est proche et je savoure ces derniers instants en pensant très fort à Léonor qui est également en train dans découdre sur le 85km.

20:50:31 la montre s’arrête sur une 123ème place scratch sur cette épreuve qui restera gravée à jamais dans ma mémoire.

Les enseignements :

  • Les courses les plus dures ne sont pas toujours celles qu’on pense
  • Etudier le profile aurait été judicieux
  • Un excès de confiance permet de remettre les idées en place
  • Vérifier que les piles soient bien en place
  • Ne pas sauter de repas
  • Les apéros c’est après

Les satisfactions :

  • Etre allé au bout
  • Apprendre de cette expérience
  • Un beau classement au final sur une course internationale

Mentions particulières :

  • Antoine Guillon, Christophe Le Saux et Audrey Bassac qui prennent le temps de t’encourager alors qu’ils jouent la gagne
  • Mes ami(e)s, Manu qui a dû faire face à un abandon, Thierry et Christian qui ont bouclés la course ensemble (une vrai amitié), Hervé auteur d’une belle performance sur le 85km, Denis et Léonor arrivés dans un mouchoir de poche (3mn), Evelyne qui a été récompensée pour son entrainement sérieux, Désirée pour sa course solide et bien sûr Julie qui assumera son rôle de maman/traileuse durant plus de 40km….
  • A vous pour les encouragements !

Maintenant place au prochain objectif avec l’UTMB

 

 

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