UTMB (Ultra Trail du Mont Blanc) 2017

UTMB

4 lettres qui, pour le commun des mortels ne signifient pas grand-chose mais qui pour d’autres éveillent bien des sentiments.

Depuis 2015 et mes premiers Ultras, l’UTMB ne faisait pas partie de mes objectifs prioritaires. Je dirais même que j’y allais à reculons lorsque mon ami Manu a voulu qu’on s’inscrive pour l’édition 2016 ou nous n’avons été tirés au sort. Est-ce le fait de la « surmédiatisation » de l’évènement ? la peur de me retrouver sur des sentiers en compagnie de millier de traileurs et traileuses ? ma méconnaissance du milieu Alpin ? la lecture des différents postes sur les réseaux sociaux ou tout le monde y va de son avis (positif ou négatif) ? le côté m’as-tu vu ? Bref, la magie n’opérait pas à ce moment-là…….

2017 devais donc être le passage au deuxième tirage au sort normalement plus profitable, mais ma tête était tournée vers le TOR des Géants.

C’est finalement le timing des inscriptions/tirages au sort qui m’imposera l’UTMB….

A partir de ce moment, les choses étaient clair dans ma tête, et même si Manu n’est pas retenu au tirage, je me devais d’honorer cette chance.

J’ai à cœur de bien faire et d’arriver préparer, mais à ce moment-là c’est la pleine saison professionnelle. La moto, le vélo et le trail/running tournent à plein régime et avec une moyenne de 70 heures par semaine, il me sera difficile de m’entraîner correctement pour cette échéance.

A l’occasion du week end prolongé du 14 juillet, je me donne tout de même les moyens de passer 3 jours à Chamonix et ainsi prendre connaissance du terrain. C’est à ce moment-là, que tout semble plus clair dans ma tête. Le gigantisme et la beauté de ce qui m’entoure, m’émerveille. En compagnie de Léo, nous arpentons les sentiers avec un plaisir incroyable où nous avons le sentiment d’être seul au monde (enfin presque). Comment ne pas devenir « amoureux » d’un si beau terrain de jeu ?

Un bilan de 1110km de course à pieds et 850km de vélo sur les 6 derniers mois feront donc l’affaire.

L’échéance approche…….

Le trail, c’est le partage d’une passion mais aussi et surtout un moment privilégié pour passer du temps avec les personnes que l’on apprécie. C’est donc à Aiguebelle que nous nous donnons rendez-vous à l’occasion de l’Echappée Belle dans le massif de Belledonne. Initialement, je devais participer au « parcours de crêtes » en compagnie de Léonor afin de profiter à notre façon de nos vacances, mais suite à sa blessure au mois de juillet, elle devait se résigner à me voir partir seul.

A 6 jours de l’UTMB, je prends donc le départ de cette course de 47km et 2800D+ dans le simple but de prendre du plaisir, de profiter du paysage et faire un peu de dénivelé, c’est du moins ce que je m’efforçais de croire jusqu’à la première descente…… ! Incorrigible, c’est donc sur un tout autre rythme que je vais basculer pour terminer cette course très très physique à la 34ème place.

Voici ma « connerie » de faite (j’ai pourtant été prévenu), je vais devoir l’assumer…. Il me reste 6 jours éliminer les traces de cet excès. Des jambes lourdes et douloureuses durant 4 jours n’entamerons pas ma motivation mais je ne sais pas comment éradiquer cette situation malgré une bonne hydratation. C’est au détour d’un stand au salon du Trail que le déclic viendra ! Attiré par un beau stand de produits alimentaires dit de « super aliments » de marque ISWARI, je fais la connaissance de Benjamin Escamez. N’ayant jamais le temps de m’intéresser à ces choses-là, je louperais pas l’occasion cette-fois ci. Très vite, un climat de confiance s’installe avec Benjamin, nous rigolons un petit moment sur mes habitudes alimentaire « Alsacienne » puis nous rentrons dans le vif du sujet avec toutes les explications nécessaires pour mettre en confiance un gros mangeur comme moi. C’est sûr que de passer des habituelles pizzas, plats en sauce et autre plats bien gras, à des sachets contenants des super aliments, c’est le grand écart assuré……

Je repars donc confiant, et je débute de ce pas une petite cure. Lendemain matin, surprise, plus aucune douleur, une impression de bien-être qui me rassure et me réconforte dans mon choix. Je ne changerais surement pas toutes mes habitudes alimentaires, mais Benjamin m’a donné l’envie d’explorer cette direction.

Voilà pour l’intro, passons aux choses sérieuses !

L’UTMB c’est dans quelques heures, et il est temps de se reposer. Une sieste d’une heure et j’ai l’impression d’avoir fait le plein. Je prépare soigneusement mon chargement avec quelques modifications de dernières minutes liées aux mauvaises conditions météorologiques annoncées.

J’arrive à Chamonix à la bourre 1h avant le départ avec mon sac de délestage toujours pas déposé au gymnase, heureusement je croise Cédric Benz qui me rendra ce service, je pourrais donc directement me diriger vers l’arche de départ. C’est blindé de monde, avec mon sac à dos blindé, je n’arrive pas à progresser et le stress s’installe…… vais-je me retrouver tout au fond et être englué dès le départ ? Heureusement non, au hasard de ma progression, je me retrouve seulement à une 30ène de mètres de la ligne de départ. Les visages sont étonnements tendus alors que je suis d’humeur joyeuse et prêt à en découdre. Il est vrai que j’aimes les conditions extrêmes, et je devais être le seul à apprécier l’idée de progresser sous la pluie, la grêle, la neige, le froid et le vent.

Les minutes qui précèdent le départ semblent des heures, c’est vrai qu’il fait pas super chaud en plus. Léo arrive péniblement à me rejoindre pour un dernier bisou. D’un coup la tension monte, les athlètes commencent à devenir nerveux, passent par-dessus les barrières pour gagner des places, au détriment de ceux venus en avance, la tension est palpable, puis vient le départ !

Ce moment où tu sais que maintenant c’est à toi de jouer. Oublie tout, concentre-toi sur la course, tes sensations, appuie-toi sur tes acquis et ton expérience, car aucun plan d’entrainement ne pourra remplacer ça. La route va être longue, très longues, mais ça tu le sais, c’est d’ailleurs pour ça que tu es là !

Ça se bouscule sur les premiers kilomètres, je n’arrive pas à faire ma place. Je voulais me placer idéalement aux alentours de la 500/600ème places, mais je pense que je suis bien plus loin. Qu’importe, la route est longue et ce n’est pas les centaines de personnes qui me déposent qui entamerons mon moral.

Les 30 premiers kilomètres sont difficiles, je n’arrive pas à courir et mes sensations sont mauvaises. Je ne prends pas de plaisir jusque-là, le terrain ne me plait pas. Je croise Guillaume Jeannin venu voir la tête de course dans la montée vers La Balme, on partage un petit bout de chemin ensemble puis il rebrousse chemin.

Je progresse péniblement, mon genou gauche commence à me jouer des tours et m’empêche de courir en descente et sur le plat. Dès ce moment, et afin de m’économiser, je passe en mode « éco » et je me contente de progresser en marchant rapidement y compris sur le plat. Par expérience, je sais que ce rythme me permettra de rester dans mon timing, mais à condition d’optimiser tous les paramètres de course, y compris le temps passé aux ravitos.

Durant la nuit, la course continue et se durcie à coup de pluie, neige et vent. Les kilomètres et les conditions météo commencent à entamer beaucoup d’athlètes.

C’est au Chapieux en direction du Col de la Seigne, que je me rends compte que j’avais mes bâtons sur moi (après 50km, merci au cuissard Kiwami au passage, le top du top pour porter les bâtons). Non sans mal et malgré mon « blocage » sur ce sujet, je me décide à les utiliser.

A ben ça va tout de suite mieux là…….. Je monte avec une facilité incroyable dès les premiers mètres et me rends compte que ça va me faciliter sacrément la vie !

Ma progression a pris un peu plus d’allure et même si je ne suis toujours pas en mesure de courir, mon rythme a passé un cap.

Nous arrivons au Lac Combal. Il fait encore nuit mais au fil de l’avancement et de la lueur du jour, j’aperçois un spectacle magistral. En effet, nous avons la chance d’avoir un temps relativement clément à ce moment et pouvoir profiter de ce spectacle incroyable tout autour de nous juste à l’opposé de Chamonix en direction de Courmayeur.

Le temps de prendre 2 photos avant que l’Iphone se mette en mode sécurité car lui aussi a froid.

Nous continuons notre chemin vers le refuge Bertone puis Bonatti avant d’arriver à Arnouvaz. C’est là que les choses se corsent ! Interdiction de repartir sans pantalon coupe vente. Neige, pluie, grêle et vent sont attendu dans la montée du Grand Col Ferret. Au passage, merci à l’organisation pour cette obligation, sans quoi nous serions bons nombres à penser que nous avions déjà vécus le pire quelques heures avant !

Ils ne se sont pas trompés, la météo joue des sienne. Les organismes sont mis à rudes épreuves, les abandons deviennent fréquents. Nous progressons sur un terrain glissant en montée comme en descente, les appuis sont fuyants, et c’est pourtant là que je me sens le mieux….

La course commence enfin pour moi !

Malgré les conditions, je suis en avance sur mon timing de 35 heures (ou plutôt en retard sur celui que je n’ai pas annoncé 😊). Même si je manque de vitesse, je sens que je suis solide sur mes jambes au moment où beaucoup commencent à pêcher.

Je vais donc entamer le dernier tiers de la course avec un esprit conquérant et en optimisant chaque point. Ainsi, je me contenterais de passer le moins de temps possible aux ravitos, de monter à un rythme me permettant d’assurer une parfaite transition en descente et surtout de me servir des bâtons en descente afin d’économisé mon genou gauche qui me fait souffrir.

J’avale donc la Giete et Catogne de cette façon et c’est euphorique que je grapille de nombreuses places, mais il en reste encore une, et je me réserve donc pour le final avec la montée à Tête aux Vents (parcours modifié par la Flégère). Cette montée c’était la mienne, à l’attaque dès le pied à Vallorcine (même si je ne préfère pas comparer mon temps à celui de François), j’avais l’impression d’aller vite, je me fais plaisir et je cours après les lueurs des frontales de mes prédécesseurs que j’avale les unes après les autres. J’ai l’impression de revivre un remake du MIUT tellement jouissif….

C’est à ce moment que ma frontale donne des signes de faiblesse, ou du moins une seule fois puis plus rien (erreur de débutant de na pas changer sa pile avant la seconde nuit). Plus très lucide (vraiment plus), et un peu rêveur surement à ce moment, je prends mon téléphone en pensant terminer la course ainsi, mais je n’avais plus la notion temps/distances. 20 mètres m’auront suffi à comprendre que j’allais tout foutre en l’air si je continuais, alors je remplace sagement ma pile avant de reprendre ma route vers le dernier sommet.

Nous sommes pourtant presque au bout de l’aventure, mais c’est à ce moment que je commence à avoir des comportements étonnants et douter de mon itinéraire, j’ai l’impressions de redoubler des traileurs et traileuses déjà dépassés (c’est vrai qu’il y avait beaucoup de Japonais), je confonds les cailloux avec des bouteilles d’Orangina, je raconte des histoires aux racines, je confonds mes jambes à mes bâtons……………….. bref, il fallait bien que ça m’arrive un jour !

Le sommet passé, il ne reste plus qu’à « dérouler » vers Chamonix, une descente de piste de ski ennuyeuse à mourir, puis un single sympa avant la dernière partie de bitume et l’arrivée au centre.

A 3h02mn22sec du matin, je n’aurais pas la chance de découvrir les ovations d’un public nombreux, mais les personnes les plus importantes encore sur Chamonix étaient là !

Je termine donc cet édition UTMB 2017 en 32 heures 31 minutes et 54 secondes à la 238 èmes place scratch et 74ème V1 Homme avec la sensation du devoir accompli.

La pression retombée et transi de froid dès mon passage sous l’arche, Thierry et Christian prennent le relai s’occupent de moi car il ne restait plus grand-chose à en tirer……

Merci Léonor, Esther, Evelyne, Denis, Christian, Thierry, Noé, Jonas, Guillaume, Carole, Eric, Sophie de m’avoir soutenu sur la parcours et d’avoir fait tous ces kilomètres pour seulement quelques secondes d’attention de ma part….

Merci à tous ceux et celles de près comme de loin pour ces messages d’encouragement !

Bravo aux ami(e)s traileuses et traileurs qui ont participés aux différents formats de course OCC, CCC, TDS, UTMB, et qui ont surement des belles histoires et anecdotes à nous raconter !

Et pour terminer, je dirais que l’UTMB est belle et bien un rendez-vous incroyable, nous ne pouvons rester insensible à cet ambiance. Sur des d’évènement de cet envergure comme pour beaucoup d’autres, il y aura toujours des avis controversés, pour ma part, j’ai préféré me faire mon idée avant de juger…… et je reviendrais !

UP :

  • Synergie autour de l’évènement
  • Présence des grandes marques lors du salon
  • Ambiance
  • Accueil
  • Bénévoles
  • Balisage
  • Communication
  • Paysages
  • Partage
  • Je mange enfin des TUC

DOWN :

  • Stop les déchets
  • Convivialité
  • Professionnalisme et accueil en restauration

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *